Les chroniques d’un Nanti


Je suis à l’aise, détendu et assez cool, pour moi no soucy. Mon père me met la pression par acquis de conscience mais la relâche devant l’affection qu’il me porte, je suis un fils à papa, ma famille est argentée, j’ai de la marge, des perspectives illimitées et le choix de faire ce que je veux, quand je veux. Je porte généralement des prénoms composés et il n’est pas rare de voir apparaître des particules dans le nom des gens que je fréquente. C’est vrai que la vie m’a gâté et je suis ce qu’on appele un Nanti.

Depuis tout petit je fréquente la private school, mon père connaît le proviseur de tous les établissements que je fréquente et ma mère s’est toujours investie dans la vie associative des classes qui me reçoivent. Non je ne suis jamais seul, des grands parents en double exemplaire et des parents influents je suis soutenu par une véritable armée. Ma famille est un réseau et moi un pion déterminé par le bon vouloir des traditions, c’est toujours mieux que de finir seul comme un con.

Les mauvaises notes et menaces de redoublement ne m’ont jamais fait peur car elles se compensent à grand coup de professeurs particuliers et de leçons par correspondance. Tout ce qu’il me manque je l’achète, tout ce qu’il me faut je l’aurai. Un temps d’avance sur mes camarades d’école, je dicte la mode, les frustre et les fais baver devant tout ce qu’il est possible de faire ou d’avoir lorsqu’on est né dans les choux. Ils feraient mieux de ne pas me suivre dans la course frénétique vers la consommation car j’ai crédit illimité.

Toujours bien sapé et pas mal d’amis pour me lécher le cul tant que j’ai du blé, une cuillère en argent dans la bouche, je fréquente les meilleurs restaurants pendant que mon père veille à mon bon confort et l’accomplissement de mes desseins. Maman n’a jamais eu à travailler si ce n’est à la maison pour remplacer Busy dad qui n’a jamais le temps.

Des vacances trois fois par an dans des pays que tu ne saurais placer sur une carte, des week-ends dans des résidences secondaires au-delà des moyens de ta résidence principale. J’ai la mobilité internationale, je pars à New York comme tu vas chez ta grand-mère dans la Creuse, un appartement personnel pour étudier dans les meilleures conditions car mon avenir a plus d’importance que le tien, je fais mes stages dans des entreprises dont tu ne saurais prononcer le nom. Mon CV est monstrueux, papa connaît tant de monde que chaque année je te mets deux ans dans la tête.

Je n’ai jamais compris que l’on naisse démuni alors qu’on pourrait naître aisé, ni pourquoi les gens voyagent si peu devant le nombre de destinations possibles. Probablement un manque d’ouverture d’esprit et de la mauvaise volonté car croyez le ou non, quand on veut on peut. J’en suis là aujourd’hui car je le mérite, je me suis donné la peine de bien naître et me suis battu pour rester le fils à papa.

Bercé de courtoisies et d’approbations, je suis enclin au déclin naturel de ma lignée pour ne laisser à mes descendances que les vestiges d’une époque douce et insouciante. Alors, j’expliquerai à mes bambins que pour partir en vacances sur le fruit de leurs rentes il faudra commencer par s’en créer mais qu’ils n’ont pas à s’en faire car la vie est un perpétuel recommencement et quand on veut on peut.

Gary.

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