Les chroniques d’un Mouton


A l’école je suis, en société je suis, au travail je suis, dans mes choix, mes actes et mes dires je suis. Qui suis-je ? Un Mouton. Je ne suis pas un leadersheep mais un sheep qui emprunte les sentiers battus, ceux de la sécurité et des garanties car je manifeste depuis longtemps une aversion mordante face au risque et à l’inconnu. Tout ce que je ne connais pas me fait peur, limiter les risques c’est limiter les erreurs et imiter les autres est source de bonheur.

Gentil blotti au milieu du troupeau qui avance j’avance, où qu’il aille je le suis sans me poser de questions, dans la vie il faut se mettre à l’abri. Dès l’école on apprend à former des rangs deux par deux et main dans la main, celui qui déroge sera collé seul dans son coin. On m’a dit que les études scientifiques garantissaient de l’obtention d’un bon job pour un bel avenir, je n’aime pas la science mais j’obéis sans mot dire.

Le choix des études n’est pas une sinécure à la vue des possibilités qui s’offrent à vous, tant de troupeaux. Il est important de savoir assez rapidement lequel vous convient le plus, dans lequel vous serez le plus à votre aise. En général cette décision est un mélange d’une envie personnelle et d’un mouvement de groupe. Certaines brebis galeuses sans avenir ont dû se marginaliser par manque de résultats scolaires, il faut trier c’est la vie.

J’ai opté pour la voie royale et sûre du commerce, je veux la classe, le pognon et une copine que je n’ai pas honte de présenter à mes amis. J’achète mes meubles chez Ikea et ne repars jamais sans ces petits gâteaux croustillants chocolats divinement bons, je me suis inscris dans la célèbre salle de sport du coin il me faut le corps de Brad Pitt dans Snatch et le dernier l’I Phone à la mode, qu’il ait la fonction téléphone ou pas je le veux c’est tout.

Je connais par cœur les rangs, réputations et tarifs des écoles de commerce. Qu’es-ce que vous croyez ? Je veux ma réussite, mon réseau et le salaire d’entrée qu’on me promet quitte à m’endetter, c’est comme ça. Ce dont je rêve, mon Tipi dans les îles, on verra plus tard aujourd’hui j’ai des obligations, des échéances pour des désillusions en perspective et il faut que j’assure si je ne veux pas manquer au cynisme et au résolu de mon discours bêlant. Car un bon mouton est un mouton qui bêle.

Diplôme en main, un stage dans une grande boîte, je n’ai plus qu’à rembourser mon emprunt et me trouver un travail. Ce ne sera pas compliqué j’ai beaucoup d’amis sur Facebook, un claquement de doigts pour un job c’est ainsi que ça marche, le réseau ne connaît pas la crise. Le plus difficile est de se faire une vie alors que le troupeau s’est  dispersé. Qui suivre ? Où ? Pourquoi ? Qu’est-ce que j’aime ? Pourquoi ne m’a-t-on pas dit qu’en suivant les pas du groupe, j’accéderais aux désirs de ce dernier et qu’ils pourraient ne pas être en accord avec les miens ?

Pourquoi je suis ? Qui je suis ? Qui me force ? Ais-je le choix ? Le troupeau est un brouhaha d’idées dominantes que l’on boit et des semblables autour de soi pour nous cacher l’horizon. Etre un mouton c’est faire partie de ce troupeau, c’est choisir de ne pas avoir de surprises, limiter les risques pour limiter les erreurs et relever l’incroyable défi d’imiter les autres pour garantir son propre bonheur.

Gary.

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