Les chroniques d’un Consommateur


Friand de biens et services, finaux ou pas, nous sommes 60 millions en France et des milliards dans le monde. Clients inséparables des fournisseurs, pour certains je suis un porte monnaie et pour d’autres un adhérent. On me traque, me flatte et me séduit telle une bimbo à bas résilles, on a appris à déchiffrer et analyser mes motivations avec le zèle d’un inspecteur du fisc, le marketing est tantôt ma maîtresse, tantôt mon bourreau. En 4 syllabes vous avez deviné : Consommateur.

Il y a le produit, la marque et moi, je suis le roi et depuis peu il parait que je suis devenu acteur. Je suis public, spectateur, téléspectateur ou client whatever, c’est moi qui décide d’écarter les cuisses de mon larfeuille. Equipé jusqu’aux dents on me plumerait si j’étais pigeon et on me gaverait si j’étais oie. Ecrans 2D ou 3D, fixes ou portables, on diffuse de quoi amuser mes yeux en non stop, écouteurs vissés aux oreilles, dans la rue une subtile odeur appétissante et racoleuse envoûte mes nasaux pendant que je mange un sandwich. Les marqueteurs se donnent un mal fou pour exciter mes sens et m’encombrer un maximum les orifices.

Dès mon plus jeune age, je suis pris dans la course frénétique vers la conso dictée par la mode et les autres. A 2 ans, je portais les dernières couches en vogue avec une languette qui épouse la forme des boules et les gardes au chaud. Les nuits je consommais jusqu’à épuisement la patience de mes parents de toutes les larmes de mon corps, parfois sans explication valable. A l’age de 3 ans j’ai pris ma carte de fidélité dans une entreprise qui fourni de l’instruction et vend des avenirs assurés. On m’y a fait ingérer des matières aussi utiles qu’une piscine en hiver, on ne l’utilise jamais mais çà peut toujours servir.

Dans ce système, les meilleurs clients passent à l’échelon supérieur sans difficultés, certains même avec mention. Les moins bons devront réitérer l’année suivante sous les mêmes conditions, un peu comme si vous deviez passer vos articles une seconde fois à la caisse, vous payez plus cher pour le même résultat. Dans le supérieur, on vous donne une carte ainsi qu’un numéro client, pour un rendement administratif optimum. Les meilleurs établissements prélèveront directement sur votre carte, que vous pourrez recharger autant de fois que vous serez disposés à ce que l’on vous suce. Parce qu’on vous suce.

Label EM, ESC, AOC, il parait que dans certaines écoles, pour 4 années d’écoute active tu as la 5ème à moitié prix. Il parait même qu’ils vont faire des écoles BIO. Ton diplôme en poche, tu fais partie d’un réseau, d’une grande famille disséminée et on compte sur toi pour que tu représentes. Tu es estampillé, on ne manquera pas de te rappeler si tu réussi, ni de t’oublier si tu échoues.

Nous ingurgitons, traitons et recyclons des images, informations, biens et services. Tous ce qui entre par un orifice sort par un autre, c’est ainsi que nous formons ces petits condensés de couleurs brunes destinés à la plus sceptique de toutes les fosses. Un bon consommateur est un consommateur que l’on pompe assez pour qu’il soit profitable mais pas trop pour ne pas qu’il se tire. Un orteil chez nous et tu es immédiatement référencé, tu ne nous échapperas pas. Tente de jouer les héros marginaux insoumis et tu le payeras d’inconforts, de frustrations ou du sentiment de ne plus être dans la course.

Gary.

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