Les chroniques d’un Buzzer


Ami des nouvelles technologies, phénomène du XXIème siècle, tout petit insignifiant, je bourdonne. Viral, je me répands jusqu’à atteindre un niveau de notoriété et d’attention bien supérieur à mon acabit, quelques mois de durée de vie, je progresse avec l’assurance et la détermination d’un message sans fond stimulé par l’inconscience. Je prends de l’espace et me répands avec la maîtrise et la délicatesse d’un pet dans un ascenseur, en six lettres vous me résumez : Buzzer.

Le Buzz, comme les Boost des jeux de voitures sont, par leur nature explosive et éphémère, des accélérateurs à court terme réutilisables à condition d’une pause intermédiaire. Certains petits malins pensent que l’on peut faire carrière sur des Buzz comme on pourrait faire des tours de pistes à l’aide seule du Boost. Peut-être n’ont-ils pas joué suffisamment aux jeux vidéo pour en tirer les rares enseignements…

Peu m’importe les critiques, j’ai réussi depuis qu’on m’a ouvert les portes du réseau national.  Pour certains je ne suis que de la chair à Buzz et pour d’autres le bouffon des producteurs mais au moins je bénéficie de l’attention du grand nombre et probablement sa crédibilité. Sachez que anonyme, on peut passer pour un con à dire des choses intelligentes alors que connu on peut passer pour quelqu’un d’intelligent à raconter des conneries. C’est la magie de la notoriété,

Il est vrai que 50% de mon audience est composée de critiques et ma progression n’aurait jamais eu lieu dans un monde sans moutons ni voyeurs, mais que voulez-vous ? Je ne suis que le parfait candidat d’une société qui fait l’apologie de la forme et des bénéfices à court terme. Je nourrie ce système que je prétends niquer. Le fond de mes discours ne mérite pas l’attention mais la forme fait le bruit responsable de l’audience, elle-même source de pognon.

J’irais dans ces très sélectes télés réalités, boites à notoriété dont le fond et les messages n’ont pas plus de portée que la chaude pisse d’un caniche à l’agonie. J’y ferai la promotion d’associations dont le but, à mes yeux, à autant d’importance que l’avenir médiatique de mes concurrents. Je suis là pour le fun, l’éclate et les filles, le vent et le jeu sont mes amis. Je pense que les discours politiques sont des sketchs et les écoles de commerces des boites à célébrités.

Je suis un Buzzer et en assume les revers. Une notoriété aussi fulgurante qu’une descente aux enfer, bête de foire au service d’un public zappeur à distraire. Si j’étais allé jusqu’au bout de mon cursus universitaire, j’aurais appris que la nouveauté connaît un déclin après sa phase de maturité. Je me rends compte que les strasses et paillettes de la TV deviennent une drogue à laquelle je succombe en répondant présent aux multiples invitations d’émissions, aussi intéressantes qu’un repas avec moi. Le seul film que j’ai réalisé est celui de ma propre vie, de la durée d’un court métrage, ainsi qu’une biographie de l’épaisseur d’un magasine.

Oui le Buzz est un bruit audible du plus grand nombre en un temps minimal, le Buzz est un moyen et non une fin, il annonce et capte l’intérêt censé glisser un contenu, un message. Hélas toutes les nouveautés ont cet effet et le vrai défi relève de la longévité, à savoir, travailler plus pour durer plus.

Gary.

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