Les chroniques d’un Winner


Famille, école, amis, amour, travail et le plus important matériel, tout me réussi. Chez moi c’est beau, c’est doux, c’est neuf, les Bisounours à l’échelle humaine, tu ne me remets pas ? Aller un petit effort, je tiens en six lettres et deux syllabes, par contre tu risques de ne pas comprendre car c’est de l’anglais. Un indice, tout ce que je fais te débecte et qui je suis te gonfle car je représente toi en mieux et dans une vie sans emmerdes. Je vois que tu as compris c’est bien, je suis un Winner.

La famille du Winner est unie et munie, personne ne se tire dans les pattes, zéro critiques, zéro coups bas, zéro tracas MMA. Tout le monde est son ami, tout le monde est sur Facebook. On pense à lui. Vraiment. Son chien n’aboie pas et son chat tire la chasse quand il pisse. Ses voisins l’encouragent à faire la chouille tard le soir et il ne pleut jamais quand il part en vacances. Avec le Winner il ne peut pas et il n’y pleut rien.

Il fréquente les meilleures écoles, si il en existe. Ce type d’établissements hors de prix, rampes de lancement vers la vie de rêve : wealth, power and passion. Alors qu’il lui suffirait d’écrire des sketchs ou passer à la TV. Le Winner ne redouble pas, il gravite avec aisance et souplesse dans le système scolaire. Sa plume vaut l’épée, son pupitre un champ de bataille, le tableau une scène, ses camarades la meute et l’arrière meute et ses professeurs des alliés potentiels.

En amour, le Winner ne connaît pas l’aridité ni la masturbation. Fin cascadeur, il saute de branche en branche, attrapant soigneusement la suivante avant de lâcher la précédente. Chasseur redoutable, une fois la cible verrouillée, il tire avant que sa proie n’ait le temps de mettre ses jambes à son cou. Ses copines ne connaissent pas les seins en gants de toilette ni les fesses à repasser. Sa femme arrive à mettre du mascara la bouche fermée et ne pleure pas quand on passe devant Ikea sans s’arrêter.

Pour lui, le Pole Emploi est un repère à cassoces. Il ne connaît pas la crise, du boulot y’en a partout et quand on a faim on mange. CDI et salaire de footballeur sans les primes, le Winner ne connaît pas les bas, si ce n’est ceux de sa secrétaire. Pas de hasard, la chance sourit aux Winner, ceux qui n’en ont pas sont des Loosers. Sa voiture ne tombe jamais en panne et il paye l’essence à prix coûtant. Pas de contrôle dans le métro, un RER spacieux et convivial, il a trouvé des sandwichs SNCF pour moins de 10€. On lui laisse le temps de s’excuser et redémarrer quand il cale au feu rouge. Prime à la naissance, à l’embauche et de départ, il toucherait celle de la connerie si il y en avait une.

Matériellement muni, il a acheté sa montre suisse avant le cap fatidique des 50 ans, porte des lunettes Ray Charles, un portable Richard Berry et des caleçons Gérard Klein. Sa femme est à mettre dans le paragraphe matériel, tellement elle est belle, tellement elle est sophistiquée. Un appartement si spacieux qu’il pourrait y égarer ses clefs, même si c’est valable avec un studio. Chez lui, de quoi entasser le bonhomme Michelin et Loana en dépression. Le Winner est une rock superstar vivant large, grosse baraque, cinq voitures, il est en place. Nul besoin de chute pour la chronique d’un Winner car un Winner ne chute jamais.

Gary.

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